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« Des solutions pour les jeunes décrocheurs » à l’UNAF : les MFR étaient présentes

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anlciDans le cadre des journées nationales Agir ensemble contre l’illettrisme, et en présence du coordinateur national de l’ANLCI, Eric NEDELEC (photo ci-contre), l’UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) organisait le 16 septembre une conférence sur le thème du « décrochage scolaire ». Les MFR participent depuis maintenant plusieurs années à l’amélioration de « l’accrochage » scolaire et au suivi des décrocheurs, notamment dans le cadre des enquêtes menées dans l’enseignement agricole par le ministère. Mais au delà des statistiques, le suivi et le devenir des jeunes est une priorité du mouvement des Maisons Familiales Rurales, comme l’a rappelé le président de l’Union nationale des MFR, Xavier MICHELIN, dans son rapport d’orientation d’avril 2012.

Decro1Après l’introduction de Rémy GUILLEUX, Président de l’UNAF, cette journée a débuté par une intervention de Jean-Marie PETITCLERC, fondateur et directeur de l’association LEVALDOCCO qui accompagne les jeunes de différents quartiers dits « sensibles ». Sur un flux d’environ 750 000 jeunes, 150 000 décrocheurs dont 80 000 ne maîtrisent pas les socles fondamentaux, Jean-Marie PETITCLERC ose une comparaison avec le secteur automobile : « quelle entreprise confrontée au rappel de 80 000 autos sur une production de 750 000 véhicules ne se remettrait pas immédiatement en cause ? ».

Voici quelques extraits de son intervention :

« Le dysfonctionnement vient de l’école, on peut parler d’école décrochante et non de décrocheurs (…) La culture de la cité, une culture entre pairs, est de plus en plus prégnante, ce qui pose des difficultés, elle envahit l’école et marginalise les familles. Un de droits fondamentaux des enfants au 21ème siècle devrait être le droit à la cohérence des adultes qui l’entourent, il est dangereux que ceux qui représentent les valeurs se contredisent les uns les autres (…)

On parle de crise depuis 40 ans, ce n’est plus une crise, mais une véritable mutation (…) On peut faire le parallèle avec ce que Jean BOSCO décrivait au 19ème siècle, et son intuition de l’époque : de la même façon que les jeunes parvenaient difficilement à se projeter vers les lignes fumantes de l’horizon du 19ème, face aux turbulences de la jeunesse aujourd’hui comment se projeter dans l’avenir ? (…) Plus rien ne sera comme avant, un seul mot d’ordre qui vaut encore aujourd’hui : la qualité de la relation entre les adultes et les jeunes, sa dimension affective qui est largement sous-estimée aujourd’hui dans le cadre pédagogique (…)

L’autorité est de moins en moins liée au statut mais à la qualité de la relation. La professionnalisation des professeurs, avec un accent mis plutôt sur la didactique au détriment de la pédagogie, a entrainé une dés-implication dans la relation affective. Les élèves n’écoutent pas, absorbés par d’autres préoccupations, il y a une crise de sens : que vont changer 2 profs de plus par collège ? (…)

De nombreux jeunes sacrifient leur intelligence pour préserver leurs alliances, dans certains quartiers, il est dangereux d’être premier de sa classe ! (…) Quand l’un d’entre eux parle français « oh, tu parles comme une fille ! » et aussitôt ils ajoutent des insultes pour reprendre leur statut dans le groupe (…) Le système de notation ne met pas en valeur les progressions, personne ne dit aux jeunes qu’un 6 en 4ème, ça vaut un 18 en 6ème (…) On relève la barre au fur et à mesure si bien qu’on ne mesure jamais les progressions (…) Dans les pays nordiques on évalue les savoir-faire, en France on mesure les manques, la marge qu’il reste à franchir pour atteindre le niveau attendu. On confond également précocité et intelligence (…) Einstein aujourd’hui aurait été orienté en SEGPA avec nos critères, il a eu besoin de temps pour se développer ».

Selon Jean-Marie PETITCLERC, le processus de décrochage se déroule en 3 étapes :

  • Une phase de dés-intéressement, suivi d’un absentéisme « parfois organisé par l’école » selon lui (dans le cas d’un renvoi), la consommation de cannabis accentuant le processus en impactant la concentration et les capacités.
  • Une phase d’affranchissement de l’obligation. Facilité paradoxalement par l’éloignement géographique lié aux renvois multiples. Dans cette phase, le jeune risque d’être happé par l’économie parallèle. « Il est frappant de voir qu’il est soumis à des convocations, à des tentatives de raccrochage alors même qu’il goûte la liberté… » nous confie-t-il.
  • Le temps passant, le jeune commence à se dire « où ça me mène tout ça ? » mais il a plus de 16 ans et n’est plus soumis à l’obligation de scolarité, « l’institution se démobilise, et c’est trop tard » selon Jean-Marie PETITCLERC.

peticlerc1Jean-Marie PETITCLERC avance quelques pistes de solutions :

  • Renforcer la présence des adultes, en associant des bénévoles, les familles.
  • Renforcer la mixité sociale« il existe un lien entre mobilité dans l’espace et mobilité sur un projet » précise-t-il.
  • Valoriser les savoir-faire, revoir l’idéologie du collège unique, en mettant en œuvre des pédagogies différenciées. Améliorer la formation des enseignants, en accordant une part plus grande à la pédagogie. Réconcilier école et entreprise, remettre à jour les manuels d’économie : « dans les manuels de seconde en économie, on relève encore que dans l’entreprise tout ce qu’on obtient vient de la lutte ».

Un brin provocateur, il ajoute en anecdote un échange avec un jeune apprenti : « Mon patron m’a demandé de balayer ! Bah oui et alors ? C’est honteux, je ne suis pas son esclave ! Bah, qui a balayé alors, ton patron ?  Oui ! ». « Comment s’étonner alors parfois que les patrons hésitent à prendre des apprentis…» commente-t-il et il ajoute : « on a trop de réglementations et on est dans l’hyper-protection : on oublie le principe de responsabilisation. »

eschetSeconde intervenante de la matinée, Marianne ESHET, directrice de la Fondation SNCF a souligné le fait que le monde de l’entreprise avait aussi sa place au moment de cette « mutation », présentant l’action de la Fondation SNCF comme une « alliance de mécènes pour l’éducation, dans un esprit village ».

dgesco

En début d’après-midi, l’intervention de Paul-Marc REMY, de la DGESCO (Direction Générale de l’Enseignement Scolaire), a permis d’aborder la question de la politique mise en place par l’Etat, au regard des enjeux de la problématique du décrochage (photo ci-dessus).

Paul-Marc REMY pose un double constat :

  • En 2012, 11.6% de la population des 18/24 ans en France a quitté prématurément le système scolaire sans diplôme ni emploi (source EUROSTAT). Dans le cadre du plan « Europe 2020 », objectif est de passer sous les 10%.
  • Chaque année, 140 000 jeunes de plus de 16 ans quittent l’école sans avoir obtenu leur diplôme (niv. 5 et 4). L’objectif de François HOLLANDE est de réduire ce chiffre de moitié. Selon les différentes études PISA, les origines sociales des jeunes pèsent fortement sur les résultats. « Une cartographie du CEREQ présente les zones à risque de décrochage » indique-t-il (atlas consultable ici).

Voici quelques extraits de cette intervention :

« Pour arriver à l’objectif fixé, il faut mettre en place des alliances éducatives, l’école doit s’ouvrir (…) Par exemple des expériences ont été menées pour laisser le dernier mot aux familles dans le choix d’orientation en fin de 3ème, pour éviter les orientations non choisies (…) L’école ne peut pas faire tout toute seule, d’où l’importance de la co-éducation, les multi-partenariats sont privilégiés, on pourrait même en faire une grande cause nationale (…) La remédiation est primordiale, y compris aux yeux du législateur : l’article 14 du code de l’éducation a été remanié en profondeur (…) Il a inscrit le droit de retour vers l’école, soit en formation initiale, soit sous un autre statut (…)

Le SIEI est un système qui croise les données qui sont transmises aux plateformes locales de lutte contre le décrochage, dirigées principalement par les CIO (…) Il existe également un site pour les jeunes, masecondechance.onisep.fr (…) Le réseau FOQALE est une organisation de l’éducation nationale à l’intérieur des plateformes, il tente de trouver des places disponibles en cours d’année, tout en évitant un deuxième échec (…) Il y a des sas de réorientation ou des structures de retour à l’école de type école de la nouvelle chance, micro-lycées, pédagogie adaptée, principalement classes de 1ères/terminales (…) Il y a également le service civique, engagement volontaire d’un jeune sur une mission d’intérêt général sur une durée de 6 mois à 1 an (24h/semaine), avec un tuteur de l’éducation nationale (…) Parfois il peut s’agir d’une formule combinée, mi-temps en Lycée Professionnel, mi-temps en service civique (…) Le Code des marchés publics prévoit, dans le cadre d’appels d’offres, une clause sociale qui contraint l’entreprise, elle peut par exemple organiser un parcours de découverte du monde professionnel. »

Paul-Marc REMY est revenu ensuite sur les chiffres de l’année 2013 :

  • 180 000 jeunes décrochés contactés
  • 100 000 entretiens
  • 34 000 FOQALE (20 000 retour FI diplômante – 3000 service civique – 11 000 mission générale d’insertion, qui ont encore une mission de lutte contre le décrochage scolaire).

Paul-Marc REMY a ensuite indiqué qu’une évaluation partenariale avait été mise en place dans le cadre de la MAP (modernisation de l’action publique). L’audit a débouché sur la loi du 5 mars 2014 sur la formation professionnelle. « Les régions vont dès 2015 co-piloter l’animation des plateformes de lutte contre le décrochage scolaire, à travers des conventions passées entre les recteurs et les préfets et présidents de Région (…) Cela devrait déboucher sur un plan d’action national de lutte contre le décrochage scolaire (…) De nouveaux chantiers qui prendront en compte les portefeuilles de compétence » ajoute -t-il pour conclure.

Suite à une intervention dans la salle, Paul-Marc REMY est revenu sur la question du « droit au retour à la formation » et sur la mise en place du CPF (Compte Personnel de Formation) qui entrera en vigueur au 1er janvier 2015 : « ce droit à la formation est attaché à la personne et non plus au statut, ce qui est révolutionnaire, les régions devront répondre à ce type de demande, et non plus seulement à des prescriptions. »

Ensuite, c’est Joël CANTAUT, proviseur du Lycée Alfred Kästler et en son sein du Lycée de la nouvelle chance, responsable de réseau FOQALE, qui a livré son expérience.

Voici quelques extraits de cette intervention :

« A la racine du projet, il y avait les micro-lycées de l’académie de Créteil (…) Il y avait un manque dans l’académie de Versailles, qui représente pourtant 10% des effectifs nationaux (…) Notre structure est plus hiérarchique mais garde le même esprit (…) Le droit au retour à la formation est très important, nous rescolarisons (…) Il y a un manque dans la voie professionnelle. »

Joël CANTAUT a présenté ce qui lui paraissait fondamental dans son action :

  • Le respect des règles : respect du cadre, même dans un lycée de la nouvelle chance
  • Un temps de transport adapté, compatible avec une scolarisation
  • Un accueil de jeunes de 17/24 ans, majoritairement masculins (les garçons sont plus touchés par le décrochage scolaire), un public fragile socialement/psychologiquement.

Il a conclu son intervention en battant en brèches quelques idées reçues : « il y a aussi des absentéistes qui ont eu leur bac (…) ils ont simplement eu besoin d’une pause pour travailler, pour des raisons de santé (…) Parfois, on est hors-la loi, j’ai vu par exemple un ancien de SEGPA qui a eu son Bac ». En tous cas, Joël CANTAUT annonce de bons résultats pour sa dernière promo « de la nouvelle chance » : 78% de réussite au BAC !

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Auteur : christofbernard

Chargé de communication WEB - Union nationale des Maisons familiales rurales - 75009 PARIS

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